Observatoire des Polycrises
Parcours polycrise

Fil 4 · Temporalités et mécanismes

Une crise longue, un choc bref, des effets qui se propagent

Les crises ne suivent pas toutes le même rythme. Une pression de fond peut s’accumuler pendant des décennies, tandis qu’un aléa local se produit en quelques heures. Leur rencontre avec des vulnérabilités peut activer des crises latentes et transformer la situation.

Distinguer les horloges

Temps long

La pression de fond

Le dérèglement climatique se développe sur plusieurs générations. Ses effets se combinent avec l’évolution des écosystèmes, des infrastructures et des conditions de vie.

Temps court

L’aléa ou le déclencheur

Une vague de chaleur, une inondation, une panne ou une décision peut concentrer les effets dans un lieu et un moment précis.

Avant et après le choc

Vulnérabilités et crises latentes

Une crise latente désigne ici une tension ou une fragilité qui n’a pas encore pris la forme d’une crise aiguë observable. Cette hypothèse doit être étayée par des indices, des acteurs et un mécanisme documentés.

Après le déclenchement

Propagation et transformation

Les effets peuvent se transmettre entre secteurs, se renforcer, s’atténuer ou modifier la nature d’une crise. Il faut examiner les mécanismes et leur durée.

Un exemple de temporalités : émissions et concentration de CO₂ en 2020

Selon le Global Carbon Budget 2021, les émissions mondiales de CO₂ fossile ont baissé de 5,4 % en 2020 par rapport à 2019. La concentration atmosphérique a néanmoins augmenté de 2,37 ± 0,08 ppm cette année-là.

Les émissions sont un flux annuel ; la concentration atmosphérique est un stock qui s’accumule. Le rapport estime que la baisse des émissions fossiles et liées aux changements d’usage des terres a réduit la hausse de concentration d’environ 0,18 ppm par rapport à un scénario sans cette baisse. La concentration a donc continué de croître, mais un peu moins vite que dans ce scénario.

Cet exemple montre comment un choc bref peut modifier temporairement une pression de fond. Il ne suffit pas, à lui seul, à qualifier la pandémie et la crise climatique de polycrise : il faut établir les interactions pertinentes, leur échelle et leur portée.

Une grille courte pour analyser un cas

  1. Quelle pression de fond s’accumule, et sur quelle durée ?
  2. Quel aléa ou quelle décision agit comme déclencheur ?
  3. Quelles personnes, infrastructures ou institutions sont exposées et vulnérables ?
  4. Quelles crises latentes se révèlent ou s’activent ?
  5. Par quels mécanismes les effets se transmettent-ils, se freinent-ils ou se transforment-ils ?
  6. À quelles échelles et pendant combien de temps les effets persistent-ils ?

Cette grille relie la lecture des interactions à l’analyse des cadres : voir Morin, Cascade et Polycrise Mondiale. La métaphore de l’arbalète et le terme wēijī sont présentés séparément sur la page Mots et langues.

Des conditions qui se rencontrent, plusieurs issues possibles

Pression de fondAccumulation de CO₂ et réchauffement sur une longue durée
Exposition et vulnérabilitésPersonnes, infrastructures, dépendances et régulations concernées
Aléa ou décisionÉvénement bref dont les effets dépendent du contexte

Ces facteurs peuvent se combiner de différentes façons et à des moments différents. Le schéma les juxtapose sans imposer une séquence causale. Un aléa ne produit pas nécessairement une crise, et l’existence d’une crise latente demande des indices observables.

  • AbsorptionLes protections et capacités de réponse limitent les effets.
  • ActivationDes tensions jusque-là contenues deviennent une crise aiguë.
  • Propagation ou atténuationLes effets se transmettent, se freinent ou transforment la situation. Ils peuvent ensuite modifier les vulnérabilités et les pressions de fond.

La métaphore de l’arbalète

Dans la proposition de Mikael Mesnil Duprat, la tension accumulée évoque des contraintes, le déclencheur la détente et la propagation la trajectoire. C’est une image pour analyser certains risques, pas une loi de causalité ni une prédiction. Il faut établir chaque relation à partir des données du cas.

Données et sources

  • Global Carbon Budget 2021 : émissions mondiales de CO₂ fossile en baisse de 5,4 % en 2020 ; concentration atmosphérique en hausse de 2,37 ± 0,08 ppm ; hausse réduite d’environ 0,18 ppm par rapport au scénario sans baisse des émissions fossiles et liées aux changements d’usage des terres.