Labo · Synchronisation des crisesLab · Crisis synchronizationversion du 18 octobre 2026version of 18 October 2026
Pourquoi tout arrive en même tempsWhy everything happens at once
Climat, économie, géopolitique, biodiversité, pollutions, santé : les crises semblent se déclencher les unes après les autres, puis toutes ensemble. Hasard, ou mécanisme ?
Climate, economy, geopolitics, biodiversity, pollution, health: crises seem to break out one after another, then all at once. Chance, or mechanism?
Modèle illustratif : la synchronisation simulée ne prouve pas un couplage réel. Lire l’explication ↗
Illustrative model: simulated synchrony does not prove real-world coupling. Read the explanation ↗
Les expériences de cette page demandent JavaScript. Le texte qui suit se lit sans : il décrit ce qu'elles montrent.
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Acte 1 · Parier. Six métronomes, un par crise (climat, économie, géopolitique, biodiversité, pollutions, santé), sont réglés presque au même tempo, mais lancés à des instants différents. On parie sur ce qui va se passer, puis on observe : ils finissent par battre ensemble. Accordées, les crises s'amplifient les unes les autres et deviennent solidaires : de plus en plus fortes, de plus en plus difficiles à séparer.
Acte 2 · Résister. Même départ, mêmes chocs : cette fois, on peut désaccorder chaque crise, une à une, comme un ministère n'agirait que sur son domaine. On les contient un temps ; mais chaque intervention les sépare de moins en moins longtemps, et elles finissent par devenir solidaires. L'acte 3, ci-dessous, montre pourquoi.
Act 1 · Bet. Six metronomes, one per crisis (climate, economy, geopolitics, biodiversity, pollution, health), are set to almost the same tempo but started at different moments. You bet on what will happen, then watch: they end up beating together. In step, the crises amplify one another and become interlocked: stronger and stronger, harder and harder to pull apart.
Act 2 · Resist. Same start, same shocks: this time you can put each crisis out of step, one at a time, as a ministry would act on its own field only. You hold them back for a while; but each intervention keeps them apart for less and less time, and they end up interlocked. Act 3, below, shows why.
Environ douze minutesAbout twelve minutes
LexiqueGlossary
Les mots du laboThe lab's words
Accord
Les métronomes battent ensemble, au même moment. La jauge « accord » va de désordonnés à parfaitement ensemble. Dans le monde réel : des crises qui culminent en même temps.
Couplage
La force du lien qui transmet le mouvement d'un métronome aux autres : ici, la planche. Dans le monde réel : les interconnexions entre systèmes (énergie, chaînes d'approvisionnement, finance, télécommunications).
Intensité
À quel point les crises s'amplifient les unes les autres. Elle monte tant qu'elles battent ensemble : une crise en déclenche ou en aggrave d'autres.
Difficulté
Combien il est devenu difficile d'agir : plus le couplage est fort, moins une intervention sépare les crises longtemps.
Solidaires
Des crises qui battent ensemble, s'amplifient, et qu'une intervention ne sépare plus qu'un instant. Il faut les deux : des crises accordées mais faiblement liées ne sont pas solidaires, car une intervention les sépare encore longtemps. Elles ne se résolvent pas d'elles-mêmes : elles durent.
Choc
Un événement ponctuel propre à une crise (canicule, faillite, épidémie…). Il ajoute de l'intensité, d'autant plus que les crises sont accordées ; plus elles sont intenses, plus les chocs se multiplient.
Diversité, homogénéisation
La diversité est l'écart entre les tempos des crises. Le couplage tend à les rendre semblables : c'est l'homogénéisation, qui facilite l'accord.
Conduit, vecteur
Dans l'article de 2024 : un conduit transmet (un réseau, un marché, ici la planche) ; un vecteur est ce qui circule (énergie, matière, information, vivant).
Témoin
À l'acte 4, l'essai sans aucun levier : il sert de référence pour juger les autres.
Polycrise
Selon le Cascade Institute : l'intrication causale de crises dans plusieurs systèmes mondiaux, d'une manière qui dégrade significativement les perspectives de l'humanité.
Synchrony
The metronomes beat together, at the same moment. The “synchrony” gauge runs from out of step to perfectly together. In the real world: crises that peak at the same time.
Coupling
The strength of the link that passes one metronome's motion on to the others: here, the board. In the real world: the interconnections between systems (energy, supply chains, finance, telecommunications).
Intensity
How much the crises amplify one another. It rises while they beat together: one crisis triggers or worsens others.
Difficulty
How hard it has become to act: the stronger the coupling, the shorter an intervention keeps the crises apart.
Interlocked
Crises that beat together, amplify one another, and that an intervention keeps apart for only an instant. Both are needed: crises in step but weakly connected are not interlocked, because an intervention still keeps them apart for a long time. They do not resolve by themselves: they last.
Shock
A one-off event specific to a crisis (heatwave, bankruptcy, epidemic…). It adds intensity, all the more when the crises are in step; the more intense they are, the more shocks multiply.
Diversity, homogenization
Diversity is the spread between the crises' tempos. Coupling tends to make them alike: that is homogenization, which makes synchrony easier.
Conduit, vector
In the 2024 article: a conduit carries (a network, a market, here the board); a vector is what travels (energy, matter, information, biota).
Control
In act 4, the trial with no lever at all: it is the reference against which the others are judged.
Polycrisis
According to the Cascade Institute: the causal entanglement of crises in multiple global systems in ways that significantly degrade humanity's prospects.
Observatoire des PolycrisesPolycrisis Observatoryd'après Lawrence, Homer-Dixon et al. (2024), fig. 3after Lawrence, Homer-Dixon et al. (2024), fig. 3
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L'acte 2 suivra la fin de l'acte 1. Les actes suivants s'appuient sur ce que vous aurez vécu dans la scène ci-dessus.
Act 2 follows the end of act 1. The following acts continue the analysis of the model presented in the scene above.
L'acte 3 s'ouvrira à la fin de l'acte 2. Les actes 4 et 5 s'appuient sur ce que vous aurez vécu dans la scène ci-dessus.
Act 3 opens at the end of act 2. Acts 4 and 5 continue the analysis of the model presented in the scene above.
L'acte 3 est prêt : ouvrez-le avec le bouton de la scène, ci-dessus.
Act 3 is ready: open it with the button below the scene, above.
Acte 3 · ComprendreAct 3 · Understand
Ce que le cadre vous cachaitWhat the frame was hiding
Vous avez traité chaque crise comme un système autonome, et vous avez agi sur elles une par une. C'est ainsi qu'on les aborde le plus souvent : chacune a ses experts, ses institutions et ses indicateurs.
Les métronomes n'ont pourtant jamais été indépendants. Ils reposent sur une même planche, posée sur deux rouleaux. À chaque battement de l'un d'eux, la planche glisse un peu et transmet ce mouvement aux autres. C'est elle qui les accorde, et c'est elle que le cadre vous cachait.
You treated each crisis as an autonomous system, and acted on them one by one. That is how they are most often handled: each has its own experts, institutions and indicators.
Yet the metronomes were never independent. They stand on the same board, resting on two rollers. With every beat of any one of them, the board slides a little and passes that motion on to the others. The board is what brings them into step, and it is what the frame was hiding from you.
Les vraies crises peuvent se comporter de la même manière. Elles semblent séparées parce que nous les observons séparément. Elles reposent pourtant sur des supports communs : les réseaux énergétiques, les chaînes d'approvisionnement, la finance, les réseaux de télécommunication, les écosystèmes eux-mêmes. Chacune y transmet une part de son mouvement aux autres. Le Cascade Institute retient cette image des métronomes pour illustrer ce qu'il appelle la synchronisation des crises (Lawrence, Homer-Dixon et al., 2024, figure 3). Dans les termes de l'article, la planche est un conduit, qui transmet un vecteur : ici, de l'énergie, celle du balancement de chaque métronome. Ce n'est pas qu'une image : des métronomes réels posés sur une planche à rouleaux s'accordent de cette façon (Pantaleone, 2002).
L'image a pourtant ses limites. Une crise n'est pas un métronome : elle n'a ni tempo propre ni battement régulier. Des phénomènes lents, comme le réchauffement ou l'érosion du vivant, s'y mêlent à des aléas et à des chocs brutaux, à des rythmes qui varient et se superposent. Et les crises ne font pas que s'accorder : comme des dominos, une crise peut en faire tomber deux autres, qui en font tomber deux ou quatre, et ainsi de suite. Le labo ne garde de tout cela qu'une version simplifiée : des chocs, d'autant plus fréquents que les crises sont intenses, et une seule intensité, commune aux six. Ce qu'il emprunte aux métronomes, c'est la façon dont des systèmes reliés finissent par se caler les uns sur les autres.
Dans la simulation, le couplage augmente avec le temps, comme l'interconnexion des systèmes mondiaux depuis 1980, décrite dans le même article. Si les crises sont devenues solidaires, c'est que la planche les accordait plus vite que vous ne pouviez les séparer. Avec le couplage de départ, trop faible pour les accorder, et maintenu constant, elles ne le deviennent pas : les tests du labo le vérifient. Homer-Dixon et ses collègues parlaient dès 2015 de défaillance synchrone.
Chacune de vos interventions soulageait un peu une crise, mais ne touchait pas à ce qui les relie. Et vous ne pouviez pas agir aussi souvent que vous le vouliez : chaque intervention allongeait le repos de la crise visée. Ce repos figure des moyens qui s'usent, le budget, l'attention, l'acceptabilité des mesures : un ministère ne peut pas intervenir sans cesse. S'il ne s'allongeait pas, un joueur qui intervient deux fois par seconde empêcherait les crises de devenir solidaires : c'est l'alliance d'un lien qui se renforce et de moyens limités qui rend la course perdue d'avance. Dans le réel, les interventions ont aussi un coût : l'article note que les réponses budgétaires massives à la pandémie ont déclenché de l'inflation.
Nous découpons les enjeux en domaines séparés, chacun avec ses experts et ses ministères, et nous traitons chaque crise comme si elle était seule. C'est une simplification commode. La nature, elle, ne respecte pas nos découpages ni nos volontés : elle est ce qu'elle est. Une sécheresse fait monter les prix, les prix attisent les tensions, les tensions désorganisent les échanges. Les crises s'en déclenchent et s'en amplifient les unes les autres, jusqu'à donner l'impression d'arriver toutes en même temps, de plus en plus fortes. Puis elles deviennent solidaires : de plus en plus difficiles à gérer, et durables.
Agir sur chaque crise séparément peut les contenir un temps. Pour les désolidariser, il faut aussi agir sur ce qui les relie.
Real crises can behave the same way. They look separate because we observe them separately. Yet they rest on common supports: energy networks, supply chains, finance, telecommunication networks, ecosystems themselves. Each passes part of its motion on to the others. The Cascade Institute uses this image of metronomes to illustrate what it calls crisis synchronization (Lawrence, Homer-Dixon et al., 2024, figure 3). In the article's terms, the board is a conduit that carries a vector: here, energy, that of each metronome's swing. It is not just an image: real metronomes standing on a board on rollers fall into step in this way (Pantaleone, 2002).
The image has its limits, though. A crisis is not a metronome: it has no tempo of its own and no regular beat. Slow processes, such as warming or the erosion of living systems, mix with random events and sudden shocks, at rhythms that vary and overlap. And crises do not only fall into step: like dominoes, one crisis can topple two others, which topple two or four more, and so on. The lab keeps only a simplified version of all this: shocks, all the more frequent as the crises grow intense, and a single intensity shared by all six. What it borrows from metronomes is the way connected systems end up falling into step with one another.
In the simulation, the coupling grows over time, like the interconnection of global systems since 1980 described in the same article. If the crises became interlocked, it is because the board brought them into step faster than you could pull them apart. With the starting coupling, too weak to bring them into step, held constant, they do not: the lab's tests check this. Homer-Dixon and colleagues spoke of synchronous failure as early as 2015.
Each of your interventions relieved one crisis a little, but did not touch what connects them. And you could not act as often as you wanted: each intervention lengthened the rest of the crisis it targeted. This rest stands for means that wear out, budget, attention, public acceptance: a ministry cannot intervene endlessly. If it did not grow longer, a player intervening twice a second would keep the crises from becoming interlocked: it is a strengthening link combined with limited means that makes the race unwinnable. In the real world, interventions also have a cost: the article notes that aggressive fiscal responses to the pandemic triggered inflation.
We cut issues into separate fields, each with its experts and ministries, and we treat every crisis as if it were alone. It is a convenient simplification. Nature does not respect our divisions or our wishes: it is what it is. A drought pushes prices up, prices fuel tensions, tensions disrupt trade. Crises trigger and amplify one another, until they seem to arrive all at once, stronger and stronger. Then they become interlocked: harder and harder to manage, and lasting.
Acting on each crisis separately can hold them back for a while. To untangle them, you also have to act on what connects them.
Sur 100 parties simulées, un joueur qui intervient chaque seconde retarde en moyenne de 18 s le moment où les crises deviennent solidaires (43 s au lieu de 26 s, écart-type 2 s). Dans 100 parties sur 100, elles le deviennent quand même avant la fin. Contenir n'est pas résoudre.
Over 100 simulated games, a player who intervenes every second delays the moment the crises become interlocked by 18 s on average (43 s instead of 26 s, standard deviation 2 s). In 100 games out of 100, they become interlocked anyway before the end. Holding back is not solving.
Si l'on ne peut pas contenir les crises une à une, que faire ?
If crises cannot be held back one by one, what can be done?
Voici la planche que l'acte 3 a révélée. Les crises battent ensemble, et, à force d'être reliées, elles ont fini par se ressembler : elles ont toutes le même tempo. Homer-Dixon et ses collègues décrivent ces deux mouvements, connectivité et homogénéisation, qui se renforcent l'une l'autre (2015, 2024). Le couplage est fort, et il continue de croître.
Vous disposez de deux leviers sur ce qui les relie. Réduire le couplage, avec des coupe-feux et des tampons aux endroits vulnérables. Il ne s'agit pas de tout couper : les liens servent aussi à s'entraider et à réparer une défaillance locale. Il s'agit de cloisonner là où les crises se propagent, et de favoriser les bons liens. L'effet s'use, car l'interconnexion recroît, et il faut recommencer. Diversifier, par la pluralité des politiques, l'expérimentation et la redondance : chaque crise retrouve son propre tempo. Cet effet s'use aussi : plus le couplage est fort, plus vite il ramène les tempos les uns vers les autres. Et le système résiste : plus vous séparez les crises, plus leurs liens se reconstituent vite ; chaque levier s'use, et il faut attendre un peu plus longtemps avant de pouvoir le reprendre. Chaque essai part du même état, subit les mêmes chocs, et réussit si, au bout de 65 secondes, les crises ne sont plus solidaires et que leur intensité est retombée. Essayez chaque levier seul, puis les deux.
Here is the board that act 3 revealed. The crises beat together and, from being connected for so long, they have come to resemble one another: they all have the same tempo. Homer-Dixon and colleagues describe these two movements, connectivity and homogenization, each reinforcing the other (2015, 2024). The coupling is strong, and it keeps growing.
You have two levers on what connects them. Reduce the coupling, with firebreaks and buffers at sites of vulnerability. This does not mean cutting everything: links also help to support one another and to repair a local failure. It means partitioning where crises spread, and fostering the good links. The effect wears off, because interconnection grows back, and you have to do it again. Diversify, through policy diversity, experimentation and redundancy: each crisis regains its own tempo. This effect wears off too: the stronger the coupling, the faster it draws the tempos back together. And the system pushes back: the more you pull the crises apart, the faster their links rebuild; each lever wears out, and you have to wait a little longer before using it again. Every trial starts from the same state, meets the same shocks, and succeeds if, after 65 seconds, the crises are no longer interlocked and their intensity has dropped. Try each lever alone, then both.
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Observatoire des PolycrisesPolycrisis Observatoryd'après Lawrence, Homer-Dixon et al. (2024), fig. 3after Lawrence, Homer-Dixon et al. (2024), fig. 3
Réduire le couplage seul ne change rien ici : des systèmes devenus semblables restent accordés, même une fois découplés. Diversifier seul ne suffit pas non plus : le couplage, qui continue de croître, finit par réaccorder des tempos différents. Ensemble, les deux leviers désolidarisent les crises : la diversité défait l'accord, la réduction du couplage l'empêche de se reformer, et l'intensité retombe. Mais aucun des deux ne vaut une fois pour toutes : le couplage recroît, et en recroissant il rend de nouveau les crises semblables. Il faut renouveler les deux.
Le Cascade Institute envisage ces deux familles de leviers : réduire la connectivité ou créer des tampons et des coupe-feux aux endroits vulnérables, et encourager la diversité des politiques, l'expérimentation et la redondance. Dans ce modèle, elles ne produisent leur plein effet qu'ensemble.
Reducing the coupling alone changes nothing here: systems that have become alike stay in step, even once decoupled. Diversifying alone is not enough either: the coupling, which keeps growing, ends up bringing different tempos back into step. Together, the two levers untangle the crises: diversity breaks the synchrony, reducing the coupling keeps it from forming again, and the intensity drops. But neither works once and for all: the coupling grows back, and as it does it makes the crises alike again. Both must be renewed.
The Cascade Institute considers both families of levers: reducing connectivity or creating buffers and firebreaks at sites of systemic vulnerability, and encouraging policy diversity, experimentation and redundancy. In this model, they only work fully together.
Acte 5 · RécapitulerAct 5 · Recap
Ce que vous avez vécuWhat you went through
1ParierBet
Des crises qui semblent indépendantes finissent par battre ensemble : quelque chose les relie.Crises that seem independent end up beating together: something connects them.
2RésisterResist
Agir crise par crise les contient un temps, sans les séparer pour de bon : chaque intervention les sépare de moins en moins longtemps.Acting crisis by crisis holds them back for a while, without pulling them apart for good: each intervention keeps them apart for less and less time.
3ComprendreUnderstand
Ce qui les synchronisait était hors du cadre : une planche commune, qui transmet le mouvement de chacune aux autres.What synchronized them was outside the frame: a shared board that passes each one's motion on to the others.
4Agir autrementAct differently
Réduire le couplage seul, ou diversifier seul, ne suffit pas. Les deux ensemble, renouvelés, désolidarisent les crises.Reducing the coupling alone, or diversifying alone, is not enough. Both together, renewed, untangle the crises.
Ce qu'il faut retenirThe takeaway
Des crises qui semblent séparées peuvent reposer sur un même support, qui les synchronise.
Agir sur chacune les contient un temps ; elles s'amplifient, deviennent solidaires et durent. Agir sur ce qui les relie, en réduisant le couplage et en leur rendant leur diversité, peut les désolidariser.
Dans le monde réel, la planche ne se voit pas. Des crises qui coïncident peuvent être couplées, entraînées par une même contrainte extérieure, ou simplement concomitantes par hasard. Une corrélation ne dit pas, à elle seule, laquelle de ces histoires est la bonne : il faut des séries longues, des tests contre l'hypothèse du hasard et des méthodes d'inférence causale. C'est le travail d'un observatoire.
Crises that look separate can rest on the same support, which synchronizes them.
Acting on each one holds them back for a while; they amplify one another, become interlocked and last. Acting on what connects them, by reducing the coupling and giving them back their diversity, can untangle them.
In the real world the board is invisible. Crises that coincide may be coupled, driven by the same external constraint, or simply concurrent by chance. A correlation does not, on its own, tell which of these stories is the right one: it takes long series, tests against the hypothesis of chance and causal inference methods. That is an observatory's work.
Hasard, ou mécanisme ? Dans le modèle, mécanisme. Dans le monde, cela reste à établir, crise par crise.
Chance, or mechanism? In the model, mechanism. In the world, it remains to be established, crisis by crisis.
Pour aller plus loin : la polycrise en quatre idéesFurther reading: the polycrisis in four ideas
Un mot plus ancien qu'on ne croit
Le mot polycrise n'est pas né à Davos. Edgar Morin et Anne-Brigitte Kern l'emploient dès 1993 dans Terre-Patrie, dans un passage intitulé « La polycrise ». Ils y refusent de désigner un problème numéro un : « c'est cette inter-solidarité complexe des problèmes, antagonismes, crises, processus incontrôlés, crise générale de la planète, qui constitue le problème vital numéro un ».
Une définition de travail
Trente ans plus tard, le Cascade Institute, au Canada, a voulu en faire un outil de recherche. Sa définition : l'intrication causale de crises dans plusieurs systèmes mondiaux, d'une manière qui dégrade significativement les perspectives de l'humanité. Le mot qui compte est causale. Il ne suffit pas que des crises coïncident ; il faut qu'elles agissent les unes sur les autres. L'article de 2024 distingue trois mécanismes : des contraintes communes, des effets domino et des rétroactions entre systèmes. Ce labo en montre surtout une facette, la synchronisation par un conduit commun. Les effets domino n'y figurent que sous une forme simplifiée : plus les crises sont intenses, plus les chocs se multiplient. La cascade elle-même, d'une crise précise à une autre, n'y est pas suivie.
Pas une tempête parfaite
Les responsables politiques parlent volontiers de tempête parfaite. L'image rassure, parce qu'elle suggère que les crises se sont alignées par hasard. Thomas Homer-Dixon et ses collègues la récusent dès 2015 : la simultanéité des crises traduit, selon eux, une architecture causale émergente (« emerging causal architecture »). L'article de 2024 en donne des exemples : la pandémie a aggravé les inégalités socio-économiques, la guerre en Ukraine a provoqué à la fois une crise de l'énergie et une crise alimentaire.
Des conduits très concrets
Ce qui relie les systèmes n'a rien d'abstrait : routes maritimes, câbles sous-marins, réseaux électriques, marchés financiers, réseaux de télécommunication. Plus la connectivité augmente, et plus les systèmes qu'elle relie se ressemblent, plus une défaillance locale se propage vite et loin ; connectivité et homogénéité se renforcent l'une l'autre (Homer-Dixon et al., 2015). Une monoculture en donne l'image la plus simple : un même pathogène y trouve partout la même porte d'entrée. Les mêmes auteurs rappellent pourtant que la connectivité aide aussi à réparer une défaillance locale : l'enjeu n'est pas de tout couper, mais de favoriser les bons liens.
An older word than you might think
The word polycrisis was not born in Davos. Edgar Morin and Anne-Brigitte Kern used it as early as 1993 in Terre-Patrie (published in English as Homeland Earth), in a passage titled “The polycrisis”. They refuse to single out a number-one problem: the vital problem is the complex inter-solidarity of problems, antagonisms, crises and uncontrolled processes that make up the general crisis of the planet.
A working definition
Thirty years later, the Cascade Institute in Canada set out to make it a research tool. Its definition: the causal entanglement of crises in multiple global systems in ways that significantly degrade humanity's prospects. The key word is causal. It is not enough for crises to coincide; they must act on one another. The 2024 article distinguishes three mechanisms: common stresses, domino effects and inter-systemic feedbacks. This lab mainly shows one facet, synchronization through a shared conduit. Domino effects appear only in simplified form: the more intense the crises, the more shocks multiply. The cascade itself, from one specific crisis to another, is not traced.
Not a perfect storm
Policymakers like to speak of a perfect storm. The image is reassuring, because it suggests the crises lined up by chance. Thomas Homer-Dixon and colleagues rejected it in 2015: in their view, the simultaneity of crises reflects an emerging causal architecture. The 2024 article gives examples: the pandemic deepened socio-economic inequality, and the war in Ukraine triggered crises in both the energy and food systems.
Very concrete conduits
What connects systems is nothing abstract: shipping routes, undersea cables, power grids, financial markets, telecommunication networks. The more connectivity rises, and the more alike the systems it links become, the faster and farther a local failure spreads; connectivity and homogeneity reinforce each other (Homer-Dixon et al., 2015). A monoculture gives the simplest picture: the same pathogen finds the same way in everywhere. The same authors point out, however, that connectivity also helps to repair a local failure: the aim is not to cut everything, but to foster the good links.