Labo · Synchronisation des crisesLab · Crisis synchronizationbêta

Pourquoi tout arrive en même temps Why everything happens at once

Climat, économie, géopolitique, biodiversité, pollutions, santé : les crises semblent se déclencher les unes après les autres, puis toutes ensemble. Hasard, ou mécanisme ?

Climate, economy, geopolitics, biodiversity, pollution, health: crises seem to break out one after another, then all at once. Chance, or mechanism?

Les expériences de cette page demandent JavaScript. Le texte qui suit se lit sans : il décrit ce qu'elles montrent.

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L'acte 3 s'ouvrira à la fin de l'acte 2. L'acte 4 et la conclusion s'appuient sur ce que vous aurez vécu dans la scène ci-dessus.

Act 3 opens at the end of act 2. Act 4 and the conclusion build on what you will have experienced in the scene above.

Acte 3 · ComprendreAct 3 · Understand

Ce que le cadre vous cachaitWhat the frame was hiding

Vous avez traité chaque crise comme un système autonome, et vous avez agi sur elles une par une. C'est ainsi qu'on les aborde le plus souvent : chacune a ses experts, ses institutions et ses indicateurs.

Les métronomes n'ont pourtant jamais été indépendants. Ils reposent sur une même planche, posée sur deux rouleaux. À chaque battement, la planche glisse un peu et transmet ce mouvement à tous les autres. C'est elle qui les accorde, et c'est elle que le cadre vous cachait.

You treated each crisis as an autonomous system, and acted on them one by one. That is how they are most often handled: each has its own experts, institutions and indicators.

Yet the metronomes were never independent. They stand on the same board, resting on two rollers. With every beat the board slides a little and passes that motion on to all the others. The board is what brings them into step, and it is what the frame was hiding from you.

Les vraies crises se comportent de la même manière. Elles semblent séparées parce que nous les observons séparément. Elles reposent pourtant sur des supports communs : l'énergie, les chaînes d'approvisionnement, la finance, les flux d'information, les écosystèmes eux-mêmes. Chacune y transmet une part de son mouvement aux autres. Le Cascade Institute retient cette image des métronomes pour illustrer ce qu'il appelle la synchronisation des crises (Lawrence, Homer-Dixon et al., 2024, figure 3).

Dans la simulation, le couplage augmente avec le temps, comme l'interconnexion des systèmes mondiaux depuis 1980, que décrit le même article. Vos interventions ne coûtaient rien en elles-mêmes. Si le système s'est reconfiguré, c'est que la planche accordait les métronomes plus vite que vous ne pouviez les désaccorder. Avec un couplage constant, le même système ne se reconfigure pas.

Agir sur chaque crise séparément peut retarder la reconfiguration. Pour l'éviter, il faut aussi agir sur ce qui les relie.

Real crises behave the same way. They look separate because we observe them separately. Yet they rest on common supports: energy, supply chains, finance, information flows, ecosystems themselves. Each passes part of its motion on to the others. The Cascade Institute uses this image of metronomes to illustrate what it calls crisis synchronization (Lawrence, Homer-Dixon et al., 2024, figure 3).

In the simulation, the coupling grows over time, like the interconnection of global systems since 1980 described in the same article. Your interventions cost nothing in themselves. If the system reconfigured, it is because the board brought the metronomes into step faster than you could pull them apart. With constant coupling, the same system does not reconfigure.

Acting on each crisis separately can delay the reconfiguration. To avoid it, you also have to act on what connects them.

Si l'on ne peut pas tenir les crises une à une, que faire ?

If crises cannot be held back one by one, what can be done?

Acte 4 · Agir autrementAct 4 · Act differently

Agir sur ce qui relieActing on what connects

Voici la planche que l'acte 3 a révélée. Les crises battent ensemble, et, à force d'être reliées, elles ont fini par se ressembler : elles ont toutes le même tempo. Homer-Dixon et ses collègues décrivent ce double mouvement, connectivité et homogénéisation, qui se renforcent l'une l'autre. Le couplage est fort, et il continue de croître.

Vous disposez de deux leviers sur ce qui les relie. Réduire le couplage, avec des coupe-feux et des tampons aux endroits vulnérables : l'effet s'use, car l'interconnexion recroît, et il faut recommencer. Diversifier, par la diversité des politiques, l'expérimentation et la redondance : chaque crise retrouve son propre tempo. Cet effet s'use aussi : plus le couplage est fort, plus vite il ramène les tempos les uns vers les autres. Chaque essai part du même état, subit les mêmes chocs, et réussit si le système tient 45 secondes. Essayez chaque levier seul, puis les deux.

Here is the board that act 3 revealed. The crises beat together and, from being connected for so long, they have come to resemble one another: they all have the same tempo. Homer-Dixon and colleagues describe this double movement, connectivity and homogenization, each reinforcing the other. The coupling is strong, and it keeps growing.

You have two levers on what connects them. Reduce the coupling, with firebreaks and buffers at sites of vulnerability: the effect wears off, because interconnection grows back, and you have to do it again. Diversify, through policy diversity, experimentation and redundancy: each crisis regains its own tempo. This effect wears off too: the stronger the coupling, the faster it draws the tempos back together. Every trial starts from the same state, meets the same shocks, and succeeds if the system holds for 45 seconds. Try each lever alone, then both.

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Réduire le couplage seul ne change rien ici : des systèmes devenus semblables restent accordés, même une fois découplés. Diversifier seul ne suffit pas non plus : le couplage, qui continue de croître, finit par réaccorder des tempos différents. Ensemble, les deux leviers tiennent : la diversité défait l'accord, et la réduction du couplage l'empêche de se reformer. Mais aucun des deux ne vaut une fois pour toutes : le couplage recroît, et en recroissant il rend de nouveau les crises semblables. Il faut renouveler les deux.

Le Cascade Institute envisage ces deux familles de leviers : réduire la connectivité ou créer des tampons et des coupe-feux aux endroits vulnérables, et encourager la diversité des politiques, l'expérimentation et la redondance. Dans ce modèle, elles ne produisent leur plein effet qu'ensemble.

Reducing the coupling alone changes nothing here: systems that have become alike stay in step, even once decoupled. Diversifying alone is not enough either: the coupling, which keeps growing, ends up bringing different tempos back into step. Together, the two levers hold: diversity undoes the agreement, and reducing the coupling keeps it from forming again. But neither works once and for all: the coupling grows back, and as it does it makes the crises alike again. Both must be renewed.

The Cascade Institute considers both families of levers: reducing connectivity or creating buffers and firebreaks at sites of systemic vulnerability, and encouraging policy diversity, experimentation and redundancy. In this model, they only work fully together.

Ce qu'il faut retenirThe takeaway

  1. Des crises qui semblent séparées peuvent reposer sur un même support, qui les synchronise.
  2. Agir sur chacune retarde le moment où le système se reconfigure. Agir sur ce qui les relie, en leur rendant leur diversité, peut l'éviter.
  3. Dans le monde réel, la planche ne se voit pas. Des crises qui coïncident peuvent être couplées, entraînées par une même contrainte extérieure, ou simplement concomitantes par hasard. Une corrélation ne dit pas, à elle seule, laquelle de ces histoires est la bonne : il faut des séries longues, des tests contre le hasard et des méthodes d'inférence causale. C'est le travail d'un observatoire.
  1. Crises that look separate can rest on the same support, which synchronizes them.
  2. Acting on each one delays the moment the system reconfigures. Acting on what connects them, while giving them back their diversity, can avoid it.
  3. In the real world the board is invisible. Crises that coincide may be coupled, driven by the same external constraint, or simply concurrent by chance. A correlation does not, on its own, tell which of these stories is the right one: it takes long series, tests against chance and causal inference methods. That is an observatory's work.
Pour aller plus loin : la polycrise en quatre idéesFurther reading: the polycrisis in four ideas

Un mot plus ancien qu'on ne croit

Le mot polycrise n'est pas né à Davos. Edgar Morin et Anne Brigitte Kern l'emploient dès 1993 dans Terre-Patrie, au chapitre « La polycrise ». Ils y refusent de désigner un problème numéro un : « c'est cette inter-solidarité complexe des problèmes, antagonismes, crises, processus incontrôlés, crise générale de la planète, qui constitue le problème vital numéro un ».

Une définition de travail

Trente ans plus tard, le Cascade Institute, au Canada, a voulu en faire un outil de recherche. Sa définition : l'intrication causale de crises dans plusieurs systèmes mondiaux, d'une manière qui dégrade significativement les perspectives de l'humanité. Le mot qui compte est causale. Il ne suffit pas que des crises coïncident ; il faut qu'elles agissent les unes sur les autres.

Pas une tempête parfaite

Les responsables politiques parlent volontiers de tempête parfaite. L'image rassure, parce qu'elle suggère que les crises se sont alignées par hasard. Thomas Homer-Dixon et ses collègues la récusent dès 2015 : la simultanéité des crises traduit, selon eux, une architecture causale qui se répand. L'article de 2024 en donne des exemples : la pandémie a aggravé les inégalités socio-économiques, la guerre en Ukraine a provoqué à la fois une crise de l'énergie et une crise alimentaire.

Des conduits très concrets

Ce qui relie les systèmes n'a rien d'abstrait : routes maritimes, câbles sous-marins, réseaux électriques, marchés financiers, flux d'information. Plus la connectivité augmente, et plus les systèmes qu'elle relie se ressemblent, plus une défaillance locale se propage vite et loin ; connectivité et homogénéité se renforcent l'une l'autre (Homer-Dixon et al., 2015). Une monoculture en donne l'image la plus simple : un même pathogène y trouve partout la même porte d'entrée.

An older word than you might think

The word polycrisis was not born in Davos. Edgar Morin and Anne Brigitte Kern used it as early as 1993 in Terre-Patrie (published in English as Homeland Earth), in a chapter titled “The polycrisis”. They refuse to single out a number-one problem: the vital problem is the complex inter-solidarity of problems, antagonisms, crises and uncontrolled processes that make up the general crisis of the planet.

A working definition

Thirty years later, the Cascade Institute in Canada set out to make it a research tool. Its definition: the causal entanglement of crises in multiple global systems in ways that significantly degrade humanity's prospects. The key word is causal. It is not enough for crises to coincide; they must act on one another.

Not a perfect storm

Policymakers like to speak of a perfect storm. The image is reassuring, because it suggests the crises lined up by chance. Thomas Homer-Dixon and colleagues rejected it in 2015: in their view, the simultaneity of crises reflects a spreading causal architecture. The 2024 article gives examples: the pandemic deepened socio-economic inequality, and the war in Ukraine triggered crises in both the energy and food systems.

Very concrete conduits

What connects systems is nothing abstract: shipping routes, undersea cables, power grids, financial markets, information flows. The more connectivity rises, and the more alike the systems it links become, the faster and farther a local failure spreads; connectivity and homogeneity reinforce each other (Homer-Dixon et al., 2015). A monoculture gives the simplest picture: the same pathogen finds the same way in everywhere.