Ordres de grandeur · énergie absorbée par l'océan
L'analogie « bombe d'Hiroshima »
1 bombe Hiroshima = 63 TJ (6,3 × 10¹³ J). Chaque « bombe » du labo désigne une quantité d'énergie thermique absorbée par l'océan, pas une explosion.
L'analogie est répandue dans la vulgarisation climatique (Lyman 2010, Hansen, Cheng, Abraham…) pour rendre lisibles les zettajoules du réchauffement océanique.
Du déséquilibre radiatif (W/m²) au ZJ/an
L'EEI mesure le surplus de rayonnement piégé par les gaz à effet de serre, en watts par mètre carré, dont environ 91 % est absorbé par l'océan.
Les valeurs du tableau ci-dessous s'appuient sur les reconstructions OHC publiées (IAP/CAS).
Taux (ZJ/an), pas stock cumulé
Le labo affiche un taux d'absorption annuel, pas le stock total de chaleur emmagasinée depuis 1960.
Tableau de référence
| Année | EEI (W/m²) | OHC (ZJ/an) | EEI→ZJ modèle | Bombes/s | Bombes/h |
|---|
* 2026 : projection.
Formules du moniteur et du tableau de bord
- bombes/heure = ZJ/an × 1 810,75
- bombes/seconde = bombes/heure ÷ 3 600
- joules/an = ZJ/an × 10²¹
Le sélecteur d'unités sur « L'ampleur » applique ces conversions à la courbe sans modifier les données sources.
À ne pas confondre : ~90 % du rayonnement solaire qui atteint la surface océanique y est absorbé. Les ~91 % ci-dessus concernent la répartition du surplus climatique.
Fiche référence · de W/m² aux bombes/s
Une même chaîne physique relie le bilan radiatif solaire, le déséquilibre actuel et la cadence en équivalents Hiroshima.
Chaîne énergétique
Par rapport à la consommation humaine
Source conso. : IEA / BP, ~0,62 ZJ (2023).
Données OHC (1980–2026)
Contenu thermique océanique (Ocean Heat Content) d'après IAP/CAS, NOAA/NCEI et Copernicus. Record 2025 : 23 ± 8 ZJ/an (Pan et al., janvier 2026).
Les années intermédiaires sont interpolées linéairement entre points d'ancrage publiés. L'année 2026 est une projection (EEI ~1,7 W/m²).
Interpolation : entre deux ancres (y₀, v₀) et (y₁, v₁), la valeur à l'année y est v₀ + (v₁ − v₀) × (y − y₀)/(y₁ − y₀). Les points d'ancrage sont marqués sur la courbe.
2019–2023 : inflexion autour de 2020 (modulation ENSO) dans un contexte COVID et IMO 2020 (baisse des aérosols maritimes), puis rattrapage à partir de 2023.
Incertitudes
À partir de 2023, le moniteur et le tableau de bord affichent une marge de ± 8 ZJ/an autour de la valeur centrale d'absorption océanique. Cette fourchette ne vient pas du graphique ni du curseur : elle traduit l'incertitude des reconstructions scientifiques du contenu thermique océanique mondial (OHC).
D'où vient le ± 8 ZJ/an ?
Personne ne mesure la chaleur de tout l'océan d'un coup. Les instituts (notamment IAP/CAS) reconstituent l'OHC à partir de profils de température in situ, puis extrapolent sur une grille mondiale. L'incertitude publiée, ici ± 8 ZJ/an pour les années récentes, dont le record 2025 de Pan et al. (janvier 2026), agrège plusieurs sources d'erreur :
- Couverture spatiale incomplète : réseau Argo dense depuis ~2007, mais zones polaires, marges continentales et profondeurs > 2 000 m restent moins bien échantillonnées ; période pré-Argo plus éparses.
- Biais d'instruments et homogénéisation : corrections des sondes XBT/MBT historiques, calibrage Argo, choix de la ligne de base (climatologie de référence).
- Grillage et infilling : méthodes différentes pour combler les trous océaniques (interpolation, modes empiriques, reanalyses).
- Définition du taux annuel : l'OHC est un stock ; le « ZJ/an » affiché ici est un taux d'absorption dérivé entre révisions successives de la cartographie, sensible aux mises à jour de données tardives.
IAP/CAS, NOAA/NCEI et Copernicus
Ce labo s'aligne principalement sur IAP/CAS pour les ancres récentes, tout en citant NOAA/NCEI et Copernicus comme familles de produits indépendantes. Elles partagent les mêmes observations Argo en grande partie, mais divergent sur les corrections, le grilleage et la profondeur intégrée, d'où des écarts modestes sur la tendance et des marges d'incertitude comparables en ordre de grandeur. Le ± 8 ZJ retenu est une simplification pédagogique de la marge IAP/CAS publiée, pas une fusion statistique des trois catalogues.
Ce que fait cet outil
Barre verticale sur la courbe, badge « ± 8 ZJ » et fourchette en bombes/s : tous recalculent la même marge ± 8 ZJ/an dans l'unité affichée (bombes/h, bombes/s, ZJ/an ou joules/an).
Avant 2023, aucune barre n'est tracée : les publications plus anciennes ne sont pas harmonisées ici avec cette marge fixe. L'année 2026 est une projection (valeur centrale extrapolée) ; le ± 8 est reporté à titre indicatif, sans publication IAP équivalente.
À ne pas confondre : l'incertitude CO₂ (courbe Mauna Loa du tableau de bord) est négligeable à l'échelle affichée ; les notes « année interpolée » signalent une estimation entre ancres OHC, pas une marge ± ZJ.
Indicateurs de rupture (2023+)
La section « Indicateurs de rupture » du moniteur n'affiche pas des mesures directes en temps réel. Elle résume des signaux physiques attendus quand le stockage de chaleur océanique s'accélère fortement (2023 et au-delà).
Expansion thermostérique
L'eau dilatée par la chaleur occupe plus de volume. Une part importante de l'élévation du niveau marin actuel provient de ce mécanisme, en plus de la fonte des glaciers et calottes. Un surplus OHC élevé renforce ce signal.
Stratification et asphyxiation
La couche de surface se réchauffe et devient plus stable au-dessus de l'eau froide profonde. Le mélange vertical diminue, ce qui limite l'apport d'oxygène vers les profondeurs, un risque pour la vie marine et les cycles biogéochimiques.
Ces signaux s'enchaînent : plus de chaleur en surface → expansion thermique et montée du niveau marin ; stratification renforcée → moins d'oxygène en profondeur. Le labo les résume qualitativement à partir de 2023.
Les libellés « Élevée » / « Renforcée » sont qualitatifs et dépendent de l'année sélectionnée sur le curseur (seuil 2023+).
Bilan radiatif (page dédiée)
Valeurs pédagogiques arrondies en W/m², inspirées de Stephens et al. (2012), CERES-EBAF et IPCC AR6 (FAQ 1.1).
Équilibre : ~340 entrants ≈ ~100 réfléchis + ~239 IR vers l'espace. Les ~240 W/m² absorbés chauffent la planète, qui réémet en infrarouge jusqu'à rétablir l'équilibre.
CO₂ et couches : le CO₂ est bien mélangé (~420 ppm verticalement). L'effet sur la température diffère selon l'altitude : refroidissement relatif en stratosphère, réchauffement en troposphère et en surface.
Projections & scénarios SSP (AR6)
La page « Projections » utilise un modèle énergétique 2 réservoirs (surface + océan). Le point de départ 2025 est aligné sur le moniteur (data.js) : GMST 1,35 °C, EEI 1,55 W/m², OHC 23 ZJ/an.
Scénarios SSP : forçages radiatifs par ancres (inspirés AR6 WG1 / ScenarioMIP). Seule la GMST en 2100 est calibrée sur les best estimates SPM AR6 (≈ 1,8 / 2,7 / 3,6 / 4,4 °C, tolérance ±0,3 °C typique du modèle). Les trajectoires intermédiaires, EEI et OHC affichés sont des ordres de grandeur du modèle 2-réservoirs, non validés contre ScenarioMIP.
Scénario « Magie » : émissions → 0 en 2025, CO₂ en évolution libre (forçage en déclin lent, puits carbone actifs). Le panneau ZEC compare le modèle 2-réservoirs à une synthèse ZECMIP (18 modèles CMIP6, MacDougall et al. 2020) et à la fourchette AR6 likely (0–0,2 °C à 20 ans, 0–0,4 °C à 50 ans). L'expérience ZECMIP (1000 PgC cumulés) diffère du scénario Magie du labo, seuls les ordres de grandeur du ZEC multi-décennal sont comparables.
Ce que le modèle ne fait pas
- Pas d'import des séries temporelles CMIP6 brutes, synthèses pédagogiques uniquement : ZECMIP (percentiles ΔGMST) et repères GMST ScenarioMIP/AR6 (filigrane sur le graphique).
- Pas de cycle du carbone interactif, d'aérosols, d'ENSO ni de calottes.
- « Réservoir océan » = variable du modèle, pas une mesure in situ (Argo/IAP).
SSP5-8.5 reste une borne haute illustrative (AR6) ; les scénarios CMIP7 seront intégrés à l'approche de l'AR7 (~2029).
Tableau de bord · tendances vers 2050
Les courbes projetées affichent un taux d'absorption (ZJ/an), pas le stock cumulé. Trois méthodes sont proposées (EEI prolongé, modèle 2-réservoirs, extrapolation récente). La fourchette illustrative ombrée relie une borne basse (SSP2-4.5, 2-réservoirs) à une borne haute (tendance linéaire 2019–2026) : elle compare scénarios d'émissions et accélération observée, à ne pas confondre avec la marge ±8 ZJ (reconstruction IAP, 2023+). Le curseur ne dépasse pas 2026 : seules les courbes et la zone ombrée prolongent l'affichage. L'inertie thermique détaillée (ZEC, décalage surface/océan) reste sur la page Projections.
Chronologie 1957→2025 → · Tableau de bord → · Explorer les projections →
Strates bathymétriques
Répartition cumulée du réchauffement depuis 1960 : 40 % (0–300 m) · 23 % (300–700 m) · 29 % (700–2 000 m) · 8 % (> 2 000 m).
La simulation par strates sur la page « Mécanismes » applique un facteur de pénétration thermique croissant avec le temps pour les couches profondes (inertie océanique).
L'océan profond (> 700 m) réagit sur des décennies : 25–50 ans pour que la chaleur atteigne 700 m. Cette inertie abyssale verrouille le réchauffement engagé tout au long du XXIᵉ siècle, même si les émissions ralentissent.
Limites de l'analogie
L'équivalent « bombe » quantifie une énergie thermique stockée ou absorbée, pas un événement explosif. L'analogie vise la lisibilité des zettajoules ; elle ne préjuge ni de la géographie, ni de la vitesse, ni de la forme de répartition de cette chaleur dans l'océan.
Revoir l'introduction sur le choix de cette unité pédagogique.